Smiljan Radić Clarke, lauréat du prix Pritzker 2026
Smiljan Radić Clarke, architecte chilien né à Santiago, est le 55ᵉ lauréat du prix Pritzker, distinction internationale considérée comme la plus haute récompense en architecture. Fondateur de son agence éponyme en 1995, Smiljan Radić Clarke a développé une pratique architecturale marquée par une approche singulière de chaque projet, refusant toute répétition formelle ou stylistique. Son travail s’appuie sur une réflexion approfondie des principes fondamentaux de l’architecture, intégrant des dimensions contextuelles, historiques et anthropologiques.



Pour Smiljan Radić Clarke, l’architecture se situe à la croisée de formes massives et durables, conçues pour traverser les siècles, et de constructions éphémères, fragiles, presque fugaces. Cette tension entre permanence et précarité guide sa quête d’expériences spatiales chargées d’une présence émotionnelle, invitant les usagers à s’arrêter et à réinterroger leur rapport au monde. Ses réalisations, souvent perçues comme temporaires ou inachevées, révèlent une rigueur constructive et une sensibilité particulière à la vulnérabilité humaine.



Parmi ses œuvres majeures, on compte le Restaurant Mestizo (Santiago, 2006), partiellement enterré pour s’intégrer au site, la Maison Pite (Papudo, 2005), conçue pour se protéger des vents dominants, ou encore l’extension du Musée chilien d’art précolombien (Santiago, 2013), où il privilégie la réutilisation adaptative plutôt que la démolition. Son travail s’étend également à des installations éphémères, comme le Pavillon de la Serpentine Gallery (Londres, 2014), où une coque translucide en fibre de verre repose sur des pierres locales, jouant avec la lumière et l’enveloppement partiel de l’espace.



Un prix pour une œuvre à la croisée de l’incertitude et de la mémoire culturelle
Le jury du prix Pritzker 2026 a salué l’œuvre de Smiljan Radić Clarke pour sa capacité à transformer l’incertitude en opportunité créative. Ses bâtiments, souvent perçus comme instables ou délibérément inachevés, offrent pourtant des abris structurés, optimistes et empreints d’une joie discrète. Le jury souligne notamment son aptitude à « rendre l’inattendu évident », en explorant les limites les plus irréductibles de la discipline architecturale.



Parmi les réalisations récompensées, le Théâtre régional du Biobío (Concepción, 2018) illustre cette approche. L’enveloppe semi-translucide du bâtiment module la lumière et soutient les performances acoustiques avec une grande économie de moyens. De même, la Maison pour le Poème de l’Angle Droit (Vilches, 2013) incarne une retraite contemplative, où les ouvertures soigneusement placées captent la lumière et le temps, encourageant l’introspection.



Radić aborde chaque projet comme une enquête unique, où le site est compris non seulement dans ses dimensions physiques, mais aussi comme un carrefour d’histoire, de pratiques sociales et de circonstances politiques. Cette sensibilité se retrouve dans des interventions comme NAVE (Santiago, 2015), où il réinterprète un bâtiment résidentiel historique endommagé par un séisme, en y insérant des volumes dédiés à des usages polyvalents, tout en conservant les traces des couches passées.



Le prix Pritzker : une reconnaissance de l’excellence architecturale
Créé en 1979 par Jay A. Pritzker et sa femme Cindy, le prix Pritzker est souvent comparé au « Nobel d’architecture ». Il récompense chaque année un architecte vivant dont le travail démontre une combinaison de talent, de vision et d’engagement envers l’art de l’architecture. Le lauréat est sélectionné par un jury international composé de professionnels, d’universitaires et d’anciens lauréats.
Le prix met en lumière des pratiques qui repoussent les limites de la discipline, tout en répondant aux enjeux contemporains. Pour Smiljan Radić Clarke, cette distinction reconnaît une carrière de plus de trois décennies, marquée par une quête constante d’authenticité et d’innovation. Son œuvre, développée depuis Santiago avec une équipe réduite, s’étend à travers l’Albanie, l’Autriche, le Chili, la Croatie, la France, l’Italie, l’Espagne, la Suisse et le Royaume-Uni.

En 2017, Radić a fondé la Fundación de Arquitectura Frágil, une plateforme dédiée à l’échange public et à la conservation d’archives expérimentales. Cette initiative reflète sa volonté de considérer l’architecture comme un processus continu, nourri par les contributions d’autres praticiens et penseurs.
Une architecture de l’attention et de la vulnérabilité
L’œuvre de Smiljan Radić Clarke se distingue par sa capacité à concilier rigueur constructive et sensibilité poétique. Ses bâtiments, à la fois ancrés dans leur contexte et ouverts à l’imprévu, invitent à une expérience architecturale où la fragilité devient une force. Le prix Pritzker 2026 consacre ainsi une pratique qui, depuis les marges géographiques et disciplinaires, interroge les fondements mêmes de l’architecture et de la condition humaine.















